Les Renault-feux des usines Renault (1939)

Dessin de La Bécasse, chalutier acquis par Louis Renault, qui sera plus tard transformé pour la lutte contre les incendies sur le site de l'Ile Seguin à Boulogne-Billancourt

Dessin de La Bécasse, chalutier acquis par Louis Renault et qui deviendra Renault-feu n°1 vers 1939© Groupe d’histoire du Groupe Renault

En 1899 Louis Renault fonde avec ses deux frères la Société Renault Frères à Boulogne-Billancourt. Les usines de ce qui deviendra le Groupe Renault seront situées sur la rive droite de la Seine, à Boulogne-Billancourt, et sur la rive gauche à Meudon. En 1919 est acquise l’Ile Seguin, sur la Seine face à Meudon et Renault y installera sa première usine, la plus grande de France. L’usine qui occupe la totalité de l’île intègre alors une centrale électrique, des dépôts de carburant, un pont d’embarquement pour l’acheminement par voie fluviale des véhicules produits…

Les risques d’incendie et d’explosion sont à la hauteur de cette formidable implantation industrielle.

Trois bateaux-pompes seront mis en service dans les années 1930 et 1940 et armés par les sapeurs-pompiers du site.

Renault-Feu n°1, mis en service vers 1939, n’est autre que La Bécasse, un chalutier acquis par Louis Renault probablement à titre de prototype. Prototype sans lendemain puisque Louis Renault le fait transformer en Yacht de plaisance. Il cherche ensuite à le revendre, sans succès. Il le cède alors à la société anonyme des usines Renault qui, après conversion en bateau-pompe, le met en service avant la Seconde guerre mondiale (probablement en 1939) sur l’Ile Seguin.

Long de 18.80 mètres et large de 6 mètres, il était propulsé par un moteur diesel Renault de 125 CV qui lui donnait une vitesse de 12 km/heure. Un second moteur alimentait un cabestan permettant le dégagement d’une péniche ou le relèvement d’une épave.

L’équipement hydraulique comprenait une pompe centrifuge d’un débit de 300 m3/heure à 6 kg de pression. Huit sorties de refoulement permettaient d’alimenter des lignes de tuyaux (quatre de 70 mm et deux de 100 mm de diamètre). Deux aspirations de 100 mm permettaient le sauvetage, par épuisement, de péniches avec voies d’eau.

Deux dévidoirs portaient 400 mètres de tuyaux de 70 mm de diamètre complétés par 200 mètres de tuyaux de 100 mm de diamètre.

Une échelle mécanique de 24 mètres, alimentée par l’énergie électrique d’un groupe électrogène, complètait l’armement incendie1.

Renault-feu n°1 a été mis en contribution lors du bombardement du site industriel la nuit du 3 au 4 mars 1942 par la Royal Air Force. Les usines Renault étaient alors soupçonnées de travailler pour l’occupant et devenaient donc une cible stratégique pour les alliés.

Il est amusant de noter que Renault-feu n°1 sera surnommé La Belle Gosse, sans doute une déformation de son nom, Bécasse, avant sa conversion en bateau-pompe.

Les pompiers du site disposaient également de deux vedettes-pompes : Renault-feu n°2 et Renault-feu n°3 de longueur plus modeste, 8.08 mètres, et équipées chacune d’une pompe centrifuge animée par un moteur de propulsion Renault. Elles portaient 200 mètres de tuyaux de 70 mm de diamètre.

Une collection de photographies

Notes
  1. La protection dans les établissements industriels, E. Grésillon,  l’Alarme, novembre 1946